09/05/2012

Eric Felley et son Chanvrier Vert

Ce roman ne devait pas en être un. Au départ, Eric Felley s'était mis en tête d'écrire un pamphlet sur le «climat étrange» qui s'était installé avec la votation sur les criminels étrangers et la grève de la faim du chanvrier Bernard Rappaz. Mais l'écriture l'a conduit ailleurs: le vrai s'est mêlé au vraisemblable, au possible, au plausible, au faux qui semble parfois plus vrai que le vrai... Au bout du compte, il en est sorti un roman rusé et narquois qui déborde l'ambition initiale. On peut lire «Honte aux fachos» comme un roman à clefs, mais il vaut mieux que ça.


loi-jungle-vue-eric-felley-L-1.jpgComme l'auteur, qui travaille pour «Le Matin», le narrateur est un journaliste. Parti enquêter sur les passions xénophobes qui agitent son Valais natal, il reprend pied dans un monde dont il s'était tenu longtemps éloigné. Il renoue avec d'anciennes connaissances. Traîne les bistrots. Affronte la bise de novembre. Sonde les cœurs et les esprits qui s'échauffent vite. Et ramasse quelques informations ici ou là, en suivant des méthodes un peu erratiques que les manuels de journalisme ne recommandent pas. Mais cela contribue au charme de cet enquêteur: il y a un fond d'espièglerie dans le regard désabusé qu'il porte sur une Suisse ruminant ses humeurs vindicatives, mais aussi sur lui-même.


On s'amuse donc dans ce roman farceur et d'une belle écriture sarcastique qui s'écarte des faits l'ayant inspiré. Ici, le Chanvrier Vert meurt dans sa grève de la faim. Des soupçons se répandent sur les circonstances du décès. Et l'histoire va encore rebondir. Pour le journaliste, tout se passe comme si «les faits s'inventaient d'eux-mêmes». D'ailleurs, mène-t-il vraiment cette enquête qui finit par le conduire à Bad Ragaz? Ou serait-il en train de tenir un rôle dans un spectacle écrit par un scénariste invisible? Mais au fond il s'en fiche. Et le roman se termine sur une note légère.

 

 

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«Honte aux fachos»

Eric Felley

Slatkine, 182 p.