13/03/2012

L'Italie paradoxale de Roberto Saviano

 

En Italie, ceux qui luttent contre la mafia ont intérêt à mourir s'ils veulent être pris au sérieux. Le juge antimafia Giovanni Falcone fut longtemps un homme mal soutenu, entravé, diffamé, parfois trahi, et ne devint un héros national que le jour de mai 1992 où Cosa Nostra fit sauter sa voiture et celle de son escorte. «Comme si la mort était la dernière preuve possible de l'authenticité de son combat contre la mafia», écrit Roberto Saviano dans «Le combat continue».

 

image.jpgIl sait de quoi il parle. Condamné à mort par la mafia qui n'a pas aimé son livre «Gomorra» (Gallimard, 2007), lui non plus n'a pas été pris au sérieux quand Silvio Berlusconi lui a reproché de donner une mauvaise image de son pays. Aurait-il dû mourir pour lui démontrer la justesse de son combat? Convaincu que l'Italie vaut mieux que ses élites politiques, Roberto Saviano a préféré s'adresser directement à elle en réalisant une émission de télévision en quatre partie qui, diffusée fin 2010, a battu des records d'audience et fait souffler la polémique.

 

«Le combat continue» réunit les textes écrits pour cette émission. C'est comme une coupe à travers une Italie paradoxale. Pays de vieux, mais où la mafia mise sur la jeunesse. Pays réputé pour son désordre, mais où rien n'est mieux organisé que le travail des clans criminels. Pays où la culture mafieuse combine «le plus haut degré de tradition archaïque» - rituels immuables, pratiques ataviques - avec le «plus haut degré d'évolution économique».

 

Le grand talent de Roberto Saviano, c'est avant tout son art du récit. Les investissements de la 'Ndrangheta en Italie du Nord, la Campanie saturée d'ordures, le boss repenti sur lequel se clôt le livre, tout cela est raconté avec la force d'un homme convaincu qu'un récit peut conduire à l'action et contribuer à «réparer le monde». Une autre Italie est pour lui possible: celle qui renouerait avec les rêves et les idéaux ayant conduit, il y a 150 ans, à l'unité du pays.


 

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«Le combat continue. Résister à la mafia et à la corruption»

Roberto Saviano

Traduit de l'italien par Marguerite Pozzoli

Robert Laffont, 193 p.