11/10/2011

Un terrifiant "conte de faits"

 

Pour se rassurer, on peut aller voir La guerre des boutons. Des bandes de jeunes comme on les aime. La guerre pour rire. Pour s'émouvoir. Pour croire que rien n'aurait changé sous le soleil qui éclaire aujourd'hui la banlieue blême, ses cités, ses centres commerciaux, ses parkings, ses désœuvrés. En 2006, on s'était pourtant aperçu qu'une bande de jeunes pouvait se muer en «gang des barbares».


2303377.jpgTout, tout de suite de Morgan Sportès est une reconstitution «romanesque» de l'enlèvement d'Ilan Halimi qui fut détenu 24 jours, horriblement torturé, puis poignardé, brûlé vif et laissé à l'agonie près d'une voie du RER. L'identité judiciaire l'a photographié sur la table d'autopsie. Ces images, écrit Morgan Sportès, montrent le visage d'un être qui «a passé trois semaines à l'école du mal. Ses yeux clos nous regardent. Ils nous voient sans doute mieux que grands ouverts. Ils nous radiographient.»


Morgan Sportès a longtemps enquêté avant d'écrire ce «conte de faits» qui est précis, minutieux, implacable et d'une lecture éprouvante, mais nécessaire. L'enlèvement d'Ilan Halimi ne s'y produit qu'au milieu du livre. Avant cela, le «cerveau» de la bande (Youssouf Fofana qui s'appelle ici Yacef) tâtonne en organisant des rapts qui foirent. Au départ, l'idée n'était pas de séquestrer un juif; ce choix n'arrive qu'un peu fortuitement. Et, du coup, le livre déplace l'éclairage sous lequel ce crime était apparu dans le débat public en 2006.


Plus que l'antisémitisme, c'est une ténébreuse bêtise qui tient ici le premier rôle. Elle est d'abord un manque: l'absence d'un véritable langage qui circule entre les êtres. Comme les mots font défaut, Yacef et sa bande passent aux actes. Ce sont des zombies de l'immédiat qui veulent tout et tout de suite. Et qui, comme tels, se montrent aussi barbares que bien accordés à l'imaginaire du consumérisme.

 

 

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Tout, tout de suite

Morgan Sportès

Fayard, 379 p.