04/02/2012

Jean-Paul Dubois prend l'ascenseur

Jean-Paul+DUBOIS.jpgOn s'intéresse trop peu aux ascenseurs. On croit les prendre, mais ce sont eux qui nous prennent. Ils nous aspirent, nous empaquettent, nous compriment, nous font vivre le pire cauchemar de la surpopulation humaine et, parfois, nous entraînent aussi dans leur chute. Sur ce dernier point, les fabricants protesteront en chœur: impossible... blablabla... freinage automatique de la cabine... blablabla... sécurité garantie à 100%...

 

Il n'empêche: le 4 janvier 2011, vers 13 heures, Paul Sneijder prend un ascenseur qui va se précipiter dans le vide du haut d'une tour de Montréal. Il est le seul survivant d'un accident qui n'aurait pas dû avoir lieu: «Cela ne devait pas être, et cependant cela fut.» A ma connaissance, «Le cas Sneijder» de Jean-Paul Dubois est le premier roman restituant à l'ascenseur l'importance qui est la sienne dans l'asservissement de l'espèce humaine. Là-dessus, le livre est très documenté. Après l'avoir lu, j'ai cessé de considérer les ascenseurs d'un oeil bonasse.

 

ascenseur1.jpgSorti du coma, Paul Sneijder déprime. Il ne supporte plus sa femme: une harpie parlant le sabir postmoderne du monde entrepreneurial, surtout préoccupée par l'extension sa «surface sociale». Il déteste les jumeaux qu'elle lui a donnés: deux avocats fiscalistes au cœur sec. Seules les cendres de sa fille Marie, née d'un premier mariage et morte dans cette chute fatale, lui apportent désormais un brin de chaleur...

 

«Le cas Sneijder», c'est l'histoire d'un homme mélancolique qui tombe, qui n'en finit pas de tomber, mais qui trouvera un sens à sa chute en devenant promeneur de chiens, «dogwalker», au désespoir de sa famille horrifiée par une telle déchéance sociale. Un humour doucement féroce flotte sur ces pages. Et on se surprend à éprouver une sorte de complicité fraternelle avec ce personnage fuyant l'horreur d'un monde ordonné par les ascenseurs.

 

 

 

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«Le cas Sneijder»

Jean-Paul Dubois

L'Olivier, 218 p.