25/09/2011

Regarder l'humanité du monstre

 

h_9_ill_987256_hkg707174.jpgA Phnom Penh, en 1988, alors qu'il visite l'ancien lycée dont les Khmers rouges avaient fait le centre de torture «S21», l'ethnologue François Bizot découvre au mur la photo de celui qui en avait été le directeur. Et il le reconnaît. On le surnomme Douch. Il est à la fois l'homme à qui François Bizot doit la vie et un tortionnaire responsable de 40 000 morts au moins.

 

Dans Le portail, publié en 2000, François Bizot avait raconté comment, en 1971, vivant au Cambodge pour y étudier le bouddhisme, il avait été arrêté par les Khmers rouges et détenu 77 jours dans un camp placé sous l'autorité de Douch. Son exécution semblait certaine. Elle l'aurait été si une relation complexe et ténébreuse ne s'était nouée entre le prisonnier et son geôlier.

 

Il faut absolument lire Le Portail, récit terrible et d'une écriture magnifique. Après quoi il faut lire ce nouveau livre, Le silence du bourreau, qui en prolonge la descente implacable vers ce que l'homme ne peut s'avouer à lui-même: l'inacceptable «humanité du monstre» qui, comme Douch, fait soigneusement le mal en estimant faire le bien.

 

image_50604774.jpgEn 2009, François Bizot a témoigné au procès de Douch qui s'est tenu devant un tribunal mi-international, mi-cambodgien. Dans Le silence du bourreau, il refait le chemin intérieur qui conduit jusqu'à ce moment où l'un a pris la place de l'autre dans le rôle du prisonnier. Le récit qu'en donne François Bizot est à la fois hanté et précis (le procès-verbal de sa déposition figure d'ailleurs en annexe), hanté et d'une intensité tragique qui ne laisse pas le lecteur indemne. Ce livre est un gouffre.


 

 

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Le silence du bourreau

François Bizot

Flammarion, 246 p.