25/11/2010

Dario Fo passe au vert

dario+fo[1].jpgLa berlusconnerie mène l’Italie, dont on écrit le doux nom en soupirant. Ce pays est un crève-cœur pour ceux qui l’aiment. Le président du Conseil n’y détient pas le monopole du grotesque; il est malheureusement partagé par certains noms illustres qui s’opposent à lui.


Dario Fo, auréolé d’un Nobel de littérature que les académiciens de Stockholm ont dû lui décerner après avoir vidé des tonneaux d’aquavit (en 1997), sort un livre qui serait certainement resté sans éditeur si l’écrivain lombard n’avait pas bénéficié de ce puissant effet de loupe sur son œuvre minuscule. Publié il y a deux ans en Italie, L’Apocalypse différée est une sorte de parabole écolo-politique qui se paie Berlusconi au passage, mais d’une façon si puérile qu’on en est gêné pour l’auteur.


Dario Fo, après avoir lu un livre d’Eric Laurent (spécialiste français de l’enquête baudruche) sur la fin du pétrole, imagine que cette pénurie pourrait indiquer le chemin du salut à l’humanité. Plus d’essence. Krach général. Le capitalisme s’effondre. Une aube nouvelle se lève. On imprime les journaux avec l’encre des calamars. On redécouvre les plaisirs simples comme l’eau fraîche. L’Italie se couvre de panneaux photovoltaïques. Berlusconi se retrouve coincé en Sardaigne «comme le plus misérable des naufragés». Sur les ruines du vieux monde s’épanouissent l’autogestion et la démocratie directe. C’est la fête. Alléluia!


Sur la quatrième de couverture, l’éditeur explique que L’Apocalypse différée serait une «grande fresque orale». Sans doute est-ce en raison de cette oralité que Dario Fo ne se sent pas tenu de surveiller son écriture. Par exemple, évoquant un vendeur à la sauvette africain, il n’hésite pas à écrire qu’il est «noir comme du cirage» (p.74). Chapeau le Nobel!


Mais ce n’est pas le moindre défaut de cette rêverie irénique. La fable de Dario Fo patauge en effet dans une littérature édifiante rappelant ce théâtre d’agit-prop que des jeunes gens pleins de bonne volonté, dans les années 70, infligeaient aux ouvriers des usines en grève. Est-on bien sûr que cela vaut mieux que les sitcoms des chaînes berlusconiennes?


Arrivé à l’interminable scène où le peuple se réunit dans un stade pour élaborer une nouvelle constitution, le lecteur tombe à genoux et demande grâce: on préférerait l’aller simple pour le goulag plutôt que de passer une seule journée dans l’utopie verte et enchantée de Dario Fo.



9782213643861[1].jpgL’apocalypse différée ou A nous la catastrophe!
Dario Fo
Avec 65 dessins de l’auteur
Traduit de l’italien par Dominique Vittoz.
Fayard, 223 p.