04/10/2011

Le Marché est notre berger

 

Le capitalisme financier est redevenu romanesque. Je ne sais pas si c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle, mais c'est en tout cas une tendance illustrée, l'an dernier, par Les lois de l'économie de Tancrède Voituriez (Grasset) et, ces jours-ci, par Bienvenue dans la vraie vie de Bernard Foglino. En 1891, Emile Zola avait publié un grand roman de la puissance financière: L'argent. Depuis lors, plus grand chose. On pensait que les romanciers allaient toujours préférer le cul aux bourses. Et on a eu tort.

 

foglino-bernard.jpgLe héros de Bienvenue dans la vraie vie s'appelle Frank Medrano et travaille pour la plus grande banque du monde, le Consortium. A force d'exciter chaque jour les forces du marché, il s'épuise. Mais il est malin, ce qui lui permet de trouver la parade: avec deux rencontres de hasard, un expert de la finance et une conductrice de vélo-taxi, il va tenter de sauver sa carrière et donc sa peau en inventant une société fictive qu'il introduit en bourse. Mais on est dans un monde où le faux a autant de valeur que le vrai. Et le faux dévore le réel comme Chronos ses enfants.

 

Plus que la trame du roman, un peu démonstrative, c'est le paysage financier qui plaît au lecteur. Bienvenue dans un monde qui spécule sur la seconde à venir. Le présent est déjà du passé. Plus rien n'a d'épaisseur; tout se réduit à la légèreté des pixels et des chiffres qui dansent sur l'écran. Au Consortium, seuls comptent les arrêts du dieu Marché devant lequel tous s'inclinent. Comme le PDG de Goldman Sachs qui avait dit un jour: «Je ne suis qu'un banquier faisant le travail de Dieu.»

 

Dans son roman, Bernard Foglino réussit une joyeuse satire de cette religiosité perverse qui hante la finance. Comme l'actualité le prouve, le ton farceur n'est chez lui qu'un moyen d'être simplement réaliste. Son héros s'appelle Frank Medrano. Mais il aurait pu s'appeler Kweku Adoboli et travailler à UBS.

 

 

 

 

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Bienvenue dans la vraie vie

Bernard Foglino

Buchet/Chastel, 312 p.