04/09/2011

Les héros ne sont plus ce qu'ils étaient

 

Comme la valeur de l’euro, celle des héros peut chuter brusquement. L’admiration des peuples est inconstante. Ils sont capables de se jeter au cou d’un preux chevalier dont ils ne se souviendront plus quelques années plus tard. C’est ce qui est arrivé à Duguesclin (1320-1380) et à Bayard (1476-1524): encore inscrits au panthéon des héros français il y a un demi-siècle, ils sommeillent aujourd’hui sous la poussière de l’oubli.

 

com.univ.collaboratif.utils.jpgL’excellent historien Alain Corbin incite à méditer cette leçon de modestie héroïque. Les héros de l’histoire de France expliqués à mon fils est un petit livre qu’on recommande même aux lecteurs sans enfant. On y trouve à la fois une galerie de portraits concis, de Vercingétorix à Jean Moulin, et une fine réflexion qui se faufile d’un texte à l’autre sur les fluctuations des valeurs héroïques.

 

Certaines demeurent stables et sûres, comme Jeanne d’Arc ou Victor Hugo. D’autres sont à la hausse: on réévalue aujourd’hui Napoléon III , alors que les manuels scolaires en donnaient un portrait sinistre il n’y a pas si longtemps. Mais il arrive aussi qu’une valeur héroïque s’effondre d’un coup: passé du héros de Verdun à la figure du traître, le maréchal Pétain a connu une faillite aussi brutale que celle de Lehman Brothers.

 

En France, comme le montre Alain Corbin, l’héroïsme s’est détourné de la gloire guerrière ou politique pour investir dans un registre plus compassionnel: les «poilus» des tranchées sont désormais mieux cotés que le maréchal Foch.

 

Chaque pays abritant sa petite fabrique d’exemplarité héroïque, on serait curieux de savoir ce que donnerait le même exercice appliqué à la Suisse. Guillaume Tell reste-t-il une valeur refuge? Et le portrait du général Guisan, disparu de nos bistrots, va-t-il être bientôt remplacé par celui de Bertrand Piccard?

 

 

images.jpgLes héros de l'histoire de France expliqués à mon fils

Alain Corbin

Seuil, 199 p.