« Voyageons un peu avec Nicolas Verdan | Page d'accueil | Que se passe-t-il dans les écoles d'art? »

20/12/2011

Du passé, ne faisons pas table rase...

 

Dans la bouche d'un homme de gauche, la nostalgie relève de l'insulte. Regarder en arrière, c'est mal. C'est s'avouer réac, conservateur, au pire obscurantiste, au mieux éclairé à la bougie. «Du passé, faisons table rase!» Eblouie par le nouveau, la gauche est comme Orphée fuyant les Enfers sans jeter un regard derrière lui. Dans son dernier livre, le philosophe Jean-Claude Michéa invente le «complexe d'Orphée» pour désigner ce mépris du passé sublimé en religion du Progrès.

 

2468604.jpgEn cela, la gauche ne se distingue pas plus de la droite libérale que Dupont de Dupond. Le libéralisme, lui aussi, déteste l'enracinement: il arrache aux traditions, met en mouvement, fait circuler capitaux et travailleurs, créant de la sorte une société «liquide» dans laquelle rien n'est jamais stable. Marx, déjà, l'avait noté: «L'agitation et l'insécurité perpétuelles» sont les deux traits qui distinguent la civilisation capitaliste de toutes celles qui l'ont précédée.

 

Le paradoxe du capitalisme, ajoute Jean-Claude Michéa, c'est qu'il sape ainsi ses propres conditions d'existence. Fondé sur l'idée que le plus grand bonheur de tous se réalise quand chacun poursuit son intérêt égoïste, il ne produit lui-même aucune morale. Mais il a besoin, pour fonctionner, de travailleurs consciencieux, de salariés intègres... Autrement dit, le capitalisme doit puiser dans les ressources morales que lui ont léguées les civilisations antérieures. Or ces ressources, comme les réserves de pétrole, ne sont pas illimitées...

 

La gauche est-elle condamnée à cette religion du Progrès? Tournant autour de la pensée politique de George Orwell, Jean-Claude Michéa développe une réflexion buissonnière et stimulante qui laisse entrevoir la possibilité d'une autre gauche. Une gauche qui cesserait de dévaluer le passé. Qui renouerait avec l'héritage des premiers socialistes. Et qui s'adresserait à la sensibilité des «gens ordinaires» plutôt qu'à des «minorités militantes déjà professionnellement indignées».

 

 

9782081260474.jpg

 

Le complexe d'Orphée. La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès

Jean-Claude Michéa

Climats, 357 p.

 

 

 

 

 

Les commentaires sont fermés.