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06/12/2011

Voyageons un peu avec Nicolas Verdan

 

On disait jadis que, pour voyager, le LSD revenait moins cher que les CFF. On pourrait en dire autant du genre romanesque, comme l'a compris l'écrivain vaudois Nicolas Verdan qui fait voyager son lecteur dans tous ses livres. «Le rendez-vous de Thessalonique» (2005) l'emmenait en Grèce; «Chromosome 68» (2008) en Italie et en France. Avec «Saga. Le Corbusier» (2009), ça virait même à la bougeotte: Paris, Alger, New York, Chandigarh, Corseaux...

 

keyimg20080731_9403031_2.jpgNicolas Verdan n'a pas tort de promouvoir le transport romanesque: son empreinte carbone est négligeable. Avec son nouveau roman, «Le patient du docteur Hirsfeld», on circule ainsi à travers l'Allemagne du IIIe Reich, le jeune Etat d'Israël et l'Argentine de l'après-guerre où se planquent des nazis en fuite. Précisons qu'il y a deux escales en Suisse. L'une à Zurich. Et l'autre au Tessin, sur le Monte Verità où séjourne parfois le docteur Hirschfeld.

 

Clef de voûte du roman, Magnus Hirschfeld a existé. Pétri du scientisme de son temps, mais d'une audace en avance sur son époque, il a fondé en 1919, à Berlin, un Institut de sexologie qui œuvrait pour la libération homosexuelle. Ce qui est romanesque, en revanche, c'est le récit construit autour de deux anciens patients. Karl Fein, avocat juif qui pratique le travestisme. Et Wilfried Blume, engagé chez les SS malgré sa passion fétichiste: trancher les nattes des jeunes filles. Leurs destins, happés par la fureur nazie, s'opposent et se répondent dans une intrigue que Nicolas Verdan orchestre avec doigté.

 

Il restitue aussi très bien le climat de névrose sexuelle dans lequel se construit le IIIe Reich. D'un côté, persécution de l'homosexualité, rage purificatrice, triangles roses. De l'autre, culte trouble du corps viril, «esprit de corps» très particulier des Sections d'Assaut... Cette dimension historique est habilement intégrée au roman, sans y laisser de grumeaux.

 

 

Patient_grand.jpg

 

Le patient du docteur Hirschfled

Nicolas Verdan

Campiche, 292 p.

 

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