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23/12/2010

"Accessoirement épouse"

 

Tard dans la nuit, quand tout dort, j’aime bien écouter l’émission Forum sur le site de la RSR. Hier soir, Couchepin couchepinait, Maillard maillardisait (plutôt bien), tout voguait donc comme à l’accoutumée sur les ondes de La Première. Jusqu’à la 48e minute où il fut tout à coup question d’un ouvrage intitulé: Ecrire entre les langues. Littérature romande et identités plurielles. «C’est votre thèse de doctorat», annonça le journaliste en présentant l’auteur, Muriel Zeender Berset.


Pour ma part, si je proposais à ma rédaction un sujet sur une thèse universitaire affublée d’un tel titre, on m’enverrait sans doute passer dix jours au pain sec et à l’eau dans les cachots du journal. D’où le sifflement admiratif qu’il me fut difficile de réprimer: à côté des audaces de Forum, même Arte prend un air de Disney Channel.


Il fut donc question des écrivains romands qui «assument un bagage identitaire mixte» en mêlant quelques louches de langues étrangères à leur écriture française. C’est ce que Muriel Zeender Berset appelle «écrire entre les langues». Un truc formidable selon elle. Rien à voir avec «le nombrilisme de certains salons parisiens»… Telle est en effet la règle cardinale quand on parle d’écrivains romands: ne jamais omettre de flétrir les «salons parisiens» qui doivent étouffer de jalousie devant notre belle et musculeuse littérature si parfaitement dénuée de nombrilisme.

 

Au moment de conclure l’entretien, une dernière question tomba comme par inadvertance: «Vous êtes accessoirement l’épouse d’un conseiller aux Etats, c’est Alain Berset. C’est comment de vivre avec un conseiller aux Etats?»

 

Sur le coup, je n’ai pas été surpris outre mesure par cette révélation conjugalo-politique: penser que la littérature multiculturelle serait beaucoup mieux que la littérature monoculturelle, voilà bien une idée qui respire le socialisme à visage sympa.

 

Puis il m’est venu un horrible soupçon. Si Mme Muriel Zeender Berset n’avait pas été «accessoirement» l’épouse du conseiller aux Etats Alain Berset, aurait-t-elle bénéficié d’une heure de grande écoute pour y présenter ce livre dont je rappelle au passage le titre aguicheur: Ecrire entre les langues. Littérature romande et identités plurielles?


Je me suis rappelé alors ce qu’on avait appris la veille: une quinzaine de députés romands aux Chambres fédérales ont constitué un jury pour élire les meilleurs et les pires journalistes parlementaires romands. Le camarade Joseph Zisyadis a publié les résultats sur un blog de 24 Heures. Comme je sais compter, j’ai noté qu’on trouve six journalistes de la TSR ou de la RSR dans les dix premières places.


On peut comprendre cette tendresse particulière que les parlementaires romands éprouvent pour les journalistes de l’audiovisuel public: ils se dévouent même pour rendre compte des thèses de doctorat que publient les conjoints de nos députés.

 

 

9782051020985FS.gifEcrire entre les langues. Littérature romande et identités plurielles.

Muriel Zeender Berset

Editions Slatkine

 

 

 

Commentaires

Salut,

Du coup j'hésite à lire la thèse. La matière semble fumeuse, cela sent l'opération people destinée à montrer qu'Alain Berset n'avait pas épousé une cruche et qu'elle ferait une excellente femme de conseiller fédéral. Quand il faudra succéder à Micheline Calmy Rey, cela risque d'attirer les quelques voix littéraires du parlement. A Forum, il n'y a pa de petits calculs.

Écrit par : eric felley | 27/12/2010

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