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30/11/2010

Poésie à la une

3198851033_87bd474587.jpgLu dans Le Temps de samedi un éditorial sur le poète russe Vladimir Maïakovski. Un plaidoyer pour une renaissance de la poésie en première page de mon quotidien de référence! Si je m’attendais à ça… De deux choses l’une: soit les temps changent, soit Le Temps change.


Je crains que l’on considère un peu trop Vladimir Maïakovski, aujourd’hui, à la seule lumière de son destin tragique: poète suicidé en 1930 et aussitôt récupéré par Staline qui trouvait aux écrivains morts l’avantage d’être plus dociles que les vivants.

 

Si l’on s’en tient aux textes, on avale tout de même difficilement ce lyrisme prolétarien et prométhéen qui appelle les foules à se ruer tête baissée vers l’avenir radieux. Et puis il faut bien admettre que certains vers ont pris un sacré coup de vieux. Ceux-ci par exemple: «Lisez, / enviez, / je suis / citoyen / de l’Union soviétique.»

 

Reste, chez Vladimir Maïakovski, une chose à laquelle je ne suis malgré tout pas insensible: son écriture sous haute tension; la poésie conçue comme une décharge électrique. Né quelques années plus tard, le poète bolchevik aurait peut-être été guitariste dans un groupe de rock et on lirait aujourd’hui ses mémoires pleines de confidences venimeuses sur son chanteur Mikhaïl Jaggerov…

 

mandelstamossip.jpgPuisqu’on en est à la poésie russe, j’en profite pour recommander un roman que j’avais raté à sa sortie, en 2009, mais qui vient de reparaître en format de poche. L’hirondelle avant l’orage de Robert Littell (le père de Jonathan).


Le roman tourne autour d’un autre poète russe, mais au destin non moins tragique: contrairement à Vladimir Maïakovski, Ossip Mandelstam a raté son suicide, et il finira par mourir dans l’extrême misère de la déportation, en 1938. Robert Littell met le poète et son œuvre au centre d’un grand récit polyphonique où le petit père des peuples lui-même apparaît en guest star. L’hirondelle avant l’orage, c’est la descente aux enfers d’Ossip Mandelstam déchiré entre deux poèmes, celui qu’il a écrit en 1934 pour se moquer de Staline, et celui que Staline aurait voulu lui inspirer. C’est une bouleversante histoire de poésie, d’amour et de terreur stalinienne. On en ressort pétrifié.

 

 

9782757816417FS.gifL’hirondelle avant l’orage

Robert Littell

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cécile Arnaud

Points, 408 p.

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